La projection : l’étoffe des leaders… et des manipulateurs.

Lors de mes diverses formations, je crois qu’au-delà des connaissances techniques, ce qui comptait le plus pour moi, c’était d’arriver à m’approprier le bon savoir être. Le savoir-être, quand on reçoit des clients à la recherche de leur vérité, de leur bien-être, de leur évolution personnelle, c’est de savoir adopter la bonne posture d’accompagnant.

Ne pas se placer en position haute, ne pas se positionner en tant que sachant.

Le sachant, celui qui sait. Cette personne tantôt rassurante, tantôt horripilante. Qui sait mieux que l’autre, qui sait plus que l’autre. Alors, bien sûr, me direz-vous, quand vous consultez un spécialiste, c’est justement pour sa spécialité, qu’il connaît mieux que vous. Sauf que le sachant ne fait pas que savoir, il impose. Il use et abuse bien souvent de sa position haute. A grand renforts de projection. Et c’est ce qui, à mon sens, est le plus dangereux lorsque l’on consulte un praticien. C’est à cela que j’ai été la plus attentive lors de mes formations, c’est à cela que je suis le plus attentive aujourd’hui encore, quand je reçois mes clients en cabinet ou que je consulte en visio.

La projection. La projection, c’est ce qu’on projette sur l’autre. Ce sont nos valeurs, notre façon de penser, notre histoire, nos croyances, notre vérité, que l’on projette sur l’autre. Mais qui, souvent, ne lui correspond pas, ne colle pas à son cadre. C’est aussi notre vision déformée de la réalité par nos émotions, et puis nos craintes, nos doutes, notre culpabilité.

Je l’ai appris à mes frais. Avec nombre de praticiens que j’ai consultés moi-même. Après avoir été formée à la puissance de la projection, j’ai pu relire sous un nouvel éclairage plusieurs séances (mal) vécues, comme des dictats qui ne me parlaient pas. Je me suis promise de ne jamais laisser un client repartir en se sentant aussi perdu en lui-même que ce que j’ai pu me sentir en étant moi-même cliente. Je porte maintenant un autre regard sur les praticiens que je choisis pour m’accompagner. C’est mon critère premier, que personne ne m’accable de projections qui me sont étrangères. Que personne ne vienne m’ébranler avec des certitudes qui ne m’appartiennent pas. On peut venir ébranler mes certitudes, c’est d’ailleurs souvent ce que je recherche, mais avec neutralité, sans venir imposer un point de vue qui ne sera, en réalité, qu’une vérité parmi des milliers d’autres. Mais pas la mienne, pas celle que je déciderai de choisir pour moi. Je veux être autonome dans le choix de la vérité qui me conviendra. Et c’est aussi cette liberté que je prends soin d’offrir à mes clients. Que tout vienne d’eux, avec mon accompagnement, sans mes idées, sans mes jugements, sans mes projections.

Un exemple de projections ?

« Avec tout ce que vous me racontez, bonne chance ! »

Que doit comprendre le client à ce moment-là ? Que sa guérison, que son retour à l’équilibre, à la paix de l’esprit, relève du miracle, du hasard, de la bonne fortune ?

 « Le travail va être long »

Quand on se fait suivre parfois depuis dix ans déjà, qui a le courage de s’entendre dire que « ça va –encore – être long » ? Et puis qui peut seulement le savoir ? Nous sommes tous différents, nous avons tous des ressources différentes, nous avons tous des réactions et des potentiels différents, et puis… est-il plus difficile pour un fumeur qui fume depuis 40 ans d’arrêter de fumer qu’un fumeur qui fume depuis 12 mois ? Par forcément. Et il en va de même pour tout et pour tout le monde.

« Pour quelqu’un qui travaille dans la transmission, c’est étrange de ne pas vouloir d’enfants. »

Pourquoi ? Parce qu’avoir des enfants est le schéma logique à privilégier pour une vie épanouie? Parce que transmettre se fait essentiellement à destination des enfants ? Parce qu’un métier qu’on choisit pour notre vie pro doit forcément infuser dans notre vie perso ? Parce ce que, lorsqu’on accompagne nos clients, on doit forcément avoir envie d’accompagner des petits êtres de notre sang dans le monde et dans la vie ? Et parce que quand on est accompagnant, on doit forcément se sentir apte à la parentalité ? Et encore, ces questionnements que je pose sont issus de mes propres projections et croyances. Nul doute que vous aurez à votre tour d’autres questionnements que je n’ai même pas imaginés. Voyez à quel point les projections sont infinies et très personnelles…

De la plus « banale » à la plus « intime », ces phrases sont pourtant redoutables pour traverser la barrière du conscient et s’insinuer sournoisement dans l’inconscient du client. Et y faire des dégâts, des dommages. Venir semer les graines de l’inconfort et faire germer le mal-être, la remise en question injustifiée, la culpabilité.

Cependant, les projections ne sont pas toujours négatives ou néfastes, non. Elles sont d’ailleurs l’apanage des leaders. Avant d’inspirer les autres, les leaders s’inspirent eux-mêmes, en cultivant des croyances positives. Et une fois ce schéma prospère alors, ils projettent positivement vers l’extérieur. Les leaders savent manier les projections et les articuler de telles sortes qu’ils inspirent les foules, les autres, les équipes. Par leurs projections, ils fédèrent, ils font voyager, ils embarquent dans leur vision, dans leur monde, dans leur entreprise. Ils offrent du soutien, de la motivation, pour révéler les talents, et les potentiels.

Bien souvent, quand on se tourne vers un leader, (ou un praticien spécialiste du bien-être), ce qu’on attend, c’est l’assurance qu’on va maintenant se diriger dans la bonne direction à destination de notre bonheur. Un bon leader nous fera aussi sentir que nous participons à quelque chose de plus grand, qui nous transcende (notre cheminement vers le bien-être par exemple). De fait, les leaders doivent projeter la certitude et la stabilité, et articuler une vision convaincante pour la personne qui vient les trouver.

Maya Angelou, auteure américaine et militante des droits civiques résume bien la situation : « les gens oublieront ce que vous avez dit, ils oublieront ce que vous avez fait, mais jamais ils n’oublieront comment vous les avez fait se sentir. » Car c’est bien ce qu’il se passe avec une projection, quand on la reçoit, on ressent.

Alors, à partir d’aujourd’hui, prenez grand soin des mots que vous projetez sur les autres. Que ces mots ne portent pas vos propres croyances limitantes, vos jugements durs envers vous-mêmes et le monde, vos propres blessures. Si vous projetez des mots sur les autres, prenez soin que ces mots amènent avec eux lumière et espoir dans le cœur de la personne qui les reçoit, cette lumière et cet espoir que vous méritez aussi quand vous vous parlez à vous-même.

3 réflexions sur “La projection : l’étoffe des leaders… et des manipulateurs.”

  1. Merci énormément pour cet article. Il a raisonné très fort en moi car il y a deux ans, j’ai traversé une mauvaise passe (la pire de ma vie jusqu’à aujourd’hui (je n’ai que 28 ans, mais bon). Et pour essayer de m’en sortir, j’ai vu plusieurs praticiens, dont un qui, si je n’avais pas été bien entourée par ma famille et mes amis, aurait peut-être pu détruire ma vie (et je pèse mes mots). Pour la faire courte, c’était un médecin qui pratiquait l’hypnose, et c’était cela que j’avais envie d’essayer. Mais il m’a d’abord proposé une première séance pour me connaître et parmi toutes les choses que je lui ai raconté, la seule qu’il a retenu était mon expérience avec une substance hallucinogène (expérience qui c’était très bien passée soit dit en passant). Il m’a dit que c’était ça qui m’avait détruite (oui oui), et, exactement comme l’exemple cité dans votre article, que « ça allait être long avant que je guérisse ». Puis il a continué à me faire culpabiliser sur mon choix de vie. A la fin, il m’a conseillé de prendre des antidépresseurs, les mêmes que ceux qu’ils donnaient à ses patients en prison qui sont accros aux drogues…
    Heureusement son emprise sur moi a été de très courte durée, puisqu’une petite voix à l’intérieur, qui avait encore confiance en moi, m’a dicté que cet homme était dangereux et de ne pas écouter ce qu’il avait à dire – et l’après-midi même, quand j’ai raconté la séance à ma mère qui est infirmière, on a décidé que je n’irai plus le voir.
    Bref, tout ça pour dire, faites très attention… Les médecins sont censés nous aider à aller mieux mais certains font tout le contraire.
    Encore merci pour votre article !

  2. Merci pour ton témoignage ! C’est important d’écouter ce que l’on ressent quand on consulte. Apprendre à se connaître et se reconstruire ne doit pas forcément se faire dans les larmes et la douleur !

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