Profiles are the new boxes

Personne n’a envie de rentrer dans des cases.
Ou dans un moule. D’ailleurs, Baptiste Beaulieu disait il y a peu que les moules, c’est fait pour les tartes. J’adore. Alors, on a inventé le profil.
Ton profil menstruel, ton profil énergétique, ton profil astrologique, ton profil human design, ton profil droit, ton profil gauche, et j’en passe !
Pourquoi, si plus personne ne veut rentrer dans des cases, tout le monde cherche à connaître son profil (et paie pour ça !) ?

Le profil en fait, ce n’est rien d’autre qu’une case avec des moulures au plafond. Ça semble plus doux, plus scientifique, plus dense, plus juste. Mais le profil, ce n’est rien d’autre qu’une boîte un peu plus sexy, un peu plus recherchée. C’est un peu l’histoire du porc et du cochon, du boeuf et de la vache, du poulet et de la poule (les noms qu’on nous vend pour ne surtout pas que l’on se représente ce que l’on mange en réalité : des animaux bien trop mignons).

Déjà, connais-tu la définition du mot « profil » ?
Nom masculin : Aspect du visage vu par un de ses côtés.
Mais vu par qui ? On sous-entend ici que quelqu’un d’extérieur au sujet recueille la perception du profil dudit sujet. On est là dans quelque chose de purement subjectif et surtout dans une représentation complètement extérieure au sujet lui-même.
Est-ce vraiment juste de laisser l’extérieur nous définir ? Ou plutôt, est-ce vraiment juste de vouloir être défini.e par l’extérieur ?

Oui, il y a du vrai dans les profils. Moi aussi, je m’y retrouve, parfois beaucoup. Mais s’il y a du vrai, c’est du vrai non-circonstancié. Et balancé comme ça, de façon brute, c’est facile. Il y a du vrai pour les 6 milliards de personnes sur la Terre dans chaque profil. D’ailleurs, t’es-tu déjà amusé.e à lire des profils « qui ne sont pas les tiens » ? Nul doute que tu y retrouveras un peu de toi.

La simple observation extérieure de quelqu’un.e par quelqu’un.e ne donne jamais accès à la vie intérieure du premier quelqu’un.

Peu importe finalement de qui décide de ces profils en amont. De qui choisit qui y rentre, qui n’y rentre pas. De qui joue au videur dans cette boîte. Ce qui m’embête avec ces boîtes, -et j’utilise sciemment le terme de boîte plutôt que de profil, car il y a bien une dernière boîte dans laquelle nous finirons tous par rentrer un jour… aka la fatalité, tu saisis ?- c’est qu’elles suggèrent que nous sommes prévisibles, limités et prédestinés à être quelque chose que d’autres ont prévu pour nous. Depuis longtemps et peut être pour toujours. Bien sûr, il y a des personnes que ça rassure de se laisser dépeindre par l’extérieur, de s’entendre dire qui elles sont, comment elles fonctionnent. Et c’est ok si c’est ton cas. Vraiment.

Mais que fait-on des autres ? Ceux qui entrent dans plusieurs boîtes ou aucune et se sentent perdus ? Pire, “anormaux”, ou plus à la mode, “atypiques” ? De toutes les personnes chez qui cela créé de la restriction, de la culpabilité, de la frustration, de la fatalité, de l’inconfort, cette idée d’entrer dans une boîte ? Que fait-on quand on a une foi aveugle dans le concept des boîtes, des profils, mais que l’on est dans une boîte dans laquelle on ne veut pas être ? Peut-on encore faire quelque chose pour en sortir d’ailleurs ? Que fait-on du libre arbitre ? Où est la notice pour passer d’une boîte à l’autre, si on n’est pas satisfait de celle qu’on nous a attribuée ?
La catégorisation n’est pas une mauvaise chose en soi, elle est utile dans bien des domaines. Mais est-elle vraiment adaptée à l’humain ?

Doit-on forcément avoir des traits dominants qui permettent de faire le tri entre les personnalités ? Ne peut-on pas tout être à la fois, selon les jours, selon les nuits que l’on passe, selon les saisons, selon les événements, selon les âges de la vie, nos relations, notre alimentation, notre cycle, nos rêves, nos déceptions ?
Le profil, c’est la porte ouverte à la généralisation, et par essence, à l’erreur. Car rien n’est généralisable lorsque l’on parle de l’Humain. Et c’est vraiment ce que nous devons garder en mémoire lorsque nous consultons n’importe quel praticien. Qu’il n’y a qu’une seule personne qui peut dessiner ce à quoi ressemblent les cases dans lesquelles vous rentrez. Avec des passerelles, des ouvertures, de belles fenêtres lumineuses, peut être quelques verrous pour la sécurité, et puis des étages, des escaliers, des sous-sols un peu sombres et de belles terrasses ensoleillées.

S’il y a bien une personne qui peut choisir comment elle veut se définir, c’est bien et uniquement vous.
Alors, si toi aussi tu en as marre d’être défini.e comme un.e Sagittaire ascendant flexitarien.ne et lune en manifestor, tape dans tes mains !

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