Rien à foutre !

Je suis la doyenne des Lunatiques. Balancé comme ça, ça fait un peu ancêtre. Mais sache que dès tu dépasses la quarantaine, tu frétilles comme une sardine vers l’océan joyeux du « j’en ai rien à foutre ». Et vu le titre de mon article, tu auras compris que c’est de ça dont on va parler.

En terme de réalisation personnelle, l’âge m’a appris que nos freins viennent d’une exigence trop haute issue des injonctions. Encore plus depuis l’accouplement du dev’ perso et des réseaux sociaux. Et sortir des exigences trop hautes nécessite de te foutre de ce qui ne mérite ni ton intéret, ni ton énergie.

Faut pas jeter le bébé et le flacon de pousse-mousse avec l’eau du bain : tout n’est pas mauvais dans le développement. Ni dans les réseaux. Mais en ce moment, ça pue la quête obsessionnelle de la perfection.

J’ai 49 ans. J’ai vécu presque 40 ans sans cette déferlante actuelle de comment bien manger, bosser, bouger, penser, éduquer, paraitre, consommer, et même jouir ! Bien sûr, avant Insta et Facebook, il y avait les magazines. Mais pour les subir, il fallait les acheter. Télé et journaux ne nous envahissaient pas autant de coaching. Aujourd’hui, quel que soit le réseau que tu utilises fréquemment, y figure l’injonction de progresser sans cesse, de t’introspecter pour tout, de rester positif en tout, de rebondir toujours, et de te challenger dès que possible. Parce que sans ça, t’es dans la vilaine « zone de confort » qui dit que si t’es ok, t’es pas ok. C’est pas risible, cette histoire de zone ? A part si tu vis un schéma malsain, je ne vois pas pourquoi tu devrais changer ta routine si tu t’y sens confort. Et si c’est pour sortir d’un schéma moisi, j’appellerai ça « sortir de ta zone d’inconfort » plutôt que parler de périmètre douillet.

Quitte à te surprendre, avant l’émergence virale des réseaux sociaux, on pensait davantage par nous-mêmes. Je me suis construite, depuis les années 70, avec moins d’injonctions que toi. C’était très loin d’être parfait, mais on se mettait moins de pression en terme de réalisation personnelle. S’ils avaient vécu les années 2020, le raton-laveur de Candy serait devenu accro à la coke pour tenir le coup, Albator, Flam et Ulysse seraient activement recherché par la brigade « Rentre Dans Le Moule » et Batman aurait l’air d’une petite pipistrelle fragile à ne bouffer que des smoothies.

Si tu plonges trop loin dans le développement, tes moments présumés de décompression deviendront l’espace d’une pression imposée par un bien-être lisse comme un bout de plastique. Or les seules matières éternellement lisses dans ce monde sont des matières mortes. C’est peut-être à méditer. Et l’abus de coaching te challengera trop. T’es pas un clone de Bernard Tapie. Qui n’est pas mort de vieillesse : ça aussi, ça se médite peut-être.

Bref, je suis à l’âge où tu t’en bats la spatule de ne pas coller au moule de la perfection. Où tu préfères te taper sur ton temps-off une grosse dinde rôtie arrosée de chips et de copains, plutôt qu’un atelier bien-être arrosé de tisane saveur rutabaga. La réalisation personnelle, c’est avant tout avancer avec ta personnalité et en tenant compte de tes limites, tes désirs et ta condition générale. C’est simplement trouver ta kiffance qui a le droit de changer selon les étapes de ta vie. Tout ça sans te maltraiter : le destin t’en mettra assez dans les dents sans que tu le décides.

T’inquiètes que les Mr et Mme Parfaits qui tiennent durant des mois le Miracle Morning n’ont sûrement pas tes obligations ou sont un poil menteurs. Sinon, ils seraient déjà blanc-moisi comme cette vieille endive oubliée dans ton frigo.

Mes 49 ans et moi, on vient juste te dire que pour progresser et savoir quels outils du développement sont adaptés à ton désir de réalisation, il faut en tout premier lieu apprendre à te foutre la paix. Et quand t’en arrives là, c’est l’autoroute de la joie sur tous les plans.

Et pis, si t’es pas d’accord avec mon article, t’en as rien à foutre, passe au suivant. Sauf que si tu dis que t’en as rien à foutre, c’est que t’embrasse un peu ma philosophie, et que par conséquent j’ai pas tout à fait tort.

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