Toxico-bistrot

« Dis donc, Chacha, c’est quoi pour toi une relation toxique ? »

« C’est ma relation avec la bière. Michel, tu nous sers 2 Dark Lord, s’il te plaît ? »

« Nan mais sérieusement…  « 

« Bah c’est une relation qui te fout mal avec quelqu’un de mauvais qui n’aura pas montré son côté obscur tout de suite. Genre les pervers narcissiques. »

« Pourquoi systématiquement quelqu’un de mauvais ? »

« Bah les toxiques le sont sciemment, non ? »

« Tu vois, là, j’suis pas d’accord. »

« Pourquoi ? »

« T’as jamais vécu des situations super pénibles à cause de personnes à priori gentilles ? Des toxiques involontaires, quoi. »

« Nan, à chaud, comme ça, j’vois pas, nan… »

« Tiens, regarde, l’autre gars qui me drague et qui m’envoie régulièrement des WhatsApp pour m’inviter depuis 2 ans à des concerts. Tout ça alors que je m’en fous et que je refuse sans arrêt. J’imagine qu’il souffre de solitude. Mais ça, quelque part, c’est toxique. »

« Nan mais Chris, il est juste maladroit parce que tu lui plais. Il sait pas comment s’y prendre. Comme t’aimes la musique et lui aussi, il prend le prétexte des concerts ! »

« Oui, oui, je sais bien que c’est pas un mec dangereux. Sauf qu’à partir du moment où son comportement insistant me met mal à l’aise et où je le subis, c’est toxique. Tu sais que j’ose même plus aller au Brin de Zinc toute seule parce que je sais qu’il y va tout le temps ? Tu vois à quel point l’insistance d’un mec peut résonner dans le quotidien d’une femme ? Mais lui se pense convenable, parce qu’il est courtois et qu’il n’a pas le profil d’un violeur. N’empêche qu’un lourd, même avec un bouquet de roses, ça reste un lourd ! »

« C’est sûr. Dire non une fois, ça aurait dû suffire. A la limite 2, mais pas plus. Michel, tu nous mettras une planche apéro avec nos verres, steuplé ? »

« Pis le gars me demande toujours de mes nouvelles à des heures pas possibles, genre minuit un soir en semaine ! Je te l’ai envoyé chier… Et j’ai bloqué son numéro. Sa fierté lui dit pas d’arrêter de ré-ré-ré-essayer de contacter une meuf qui ne le calcule pas depuis 2 ans ? »

« Ouais, je comprends. T’aurais pas dû avoir à t’énerver pour qu’il comprenne. Il est vraiment pas méchant, mais un peu con quand même. »

« Bah ouais. Tu peux être toxique avec quelqu’un sans t’en rendre compte, que la personne te subisse, et avoir besoin qu’on t’ouvre les yeux. A cause de biais de compréhension, d’un défaut d’éducation, ou d’un souci psy. »

« Tiens, ma grande tante qui n’arrête pas de se plaindre à ma mère, et qui pourrait la séquestrer tous les jours 3 heures au téléphone… C’est un genre d’emprise par la victimisation dans son cas. Ma mère se sent obligée de lui faire ses papiers, de l’aider pour ses courses, alors qu’elle pourrait très bien le faire toute seule. Et tu te rappelles d’Anna ? La p’tite qui jouait sur sa dépression pour qu’on la plaigne et pour obtenir ce qu’elle voulait de son mec ? Y’a pas un jour où elle allait bien, elle aussi ! »

« Le pire, c’est que ces 2 là, elles ne le font sûrement pas exprès, c’est la dépression chronique qui les dirige. Quoi que tous les dépressifs n’emmerdent pas leur entourage. Mais toi, tu vas être pris en otage par la pitié, ça va te bouffer, et elles n’iront jamais mieux grâce à toi, parce que leur problème est psy. Ce genre de souffrance, tu peux pas la faire passer. Et le problème peut devenir doublement psy quand toi, tu rentres dans ce jeu et que t’arrives pas à t’en sortir. »

« Ouais, tu deviens le doudou auquel l’autre s’accroche. La moule et le rocher. L’abeille et le miel. Tout ça quoi. »

« La mouche et la merde ? Lol »

« Le problème est qu’on se demande jusqu’où cette toxicité est réellement inconsciente. Du coup, tu crois vraiment que ça existe, un toxique gentil qui ne le fait pas exprès ? On s’en rend compte, quand même, quand on abuse avec quelqu’un. »

« Ouais, mais si l’autre ne te stoppe pas, pourquoi tu ne continuerais pas à exercer ton petit confort toxique ? »

« C’est sûr. »

« Et l’autre saloperie de Mélanie qui mettait le bin’s partout où elle passait ? Tu t’en rappelles de celle-là ? »

« Qui se servait de son lupus pour qu’on pardonne tous ses coups de putes ? C’est pas de la toxique gentille qui s’ignore, ça, par contre. C’est de la morue qui calcule tout ! Et là, on tombe dans les fausses excuses à la noix qu’on a tous entendu : Je sais que, des fois, Mel est manipulatrice, mais elle a pas de bol, elle un lupus… « 

« Ouais bah y’a des tas de gens gravement malades qui restent choupinets, hein ! »

« Et Olivier qui est super tactile avec toutes les meufs ! « Nan mais c’est Olivier, ahahah ! Il est comme ça, lol ! » Comme si une personnalité extravagante justifiait des comportements dérangeants ! Qu’est-ce que ça m’énerve, les « Oui mais c’est Marcel, il est comme ça ! » Mais non ! Fuck Marcel, quoi ! »

« Ouais t’as raison, à partir du moment où c’est inconfortable, c’est pas bon. Et quand t’excuses ce genre de naze, ça met l’autre dans une position encore plus malaisante en invalidant son ressenti. Du coup, l’autre osera encore moins se défendre. »

« C’est ça qui est vicieux. Qu’un toxique le soit sciemment ou inconsciemment, dans les 2 cas, ça te bouffe. La distance, c’est la seule solution pour te préserver de quelqu’un qui refuse de voir son problème. »

« Alors que si tout le monde osait poser des limites à ce genre de personne… C’est énorme, quand on y pense, de se dire qu’on va parfois défendre un toxique, parce qu’il est sympa sur plein d’autres points. Alors qu’on ne devrait pas laisser passer un malaise. »

« Parce qu’on confond toxicité avec extravagance, pitié avec gentillesse, fermeté avec méchanceté. Parce qu’on a aussi tendance à croire que la toxicité, c’est les cris, les coups, les mots vaches… alors que pas forcément. »

« Le truc hyper vicieux, c’est quand un toxique l’est parce qu’il va mal. C’est souvent là qu’on va rester dans la relation par pitié. Et parfois espérer le transformer. »

« Alors que c’est le rôle d’un médecin ! Et on ne lui rend pas service en ne le confrontant pas à ce qu’il fait de travers. Le tango, ça se danse à 2, hein. Si tu nourris le truc, au fond, tu passes du statut de victime à celui de complice. Sauf que, bon… c’est quand même un peu plus compliqué que ça, avec l’emprise psychologique que ça peut créer. Bon, il fait quoi Michel, là ? Il est parti les brasser, nos bières ?  »

« Il attend que le houblon pousse, lol ! Bon ! Sinon, pour parler d’autre chose, ça va toi ? Quoi de neuf alors ? »

« Bah… je me suis remis avec Marie… »

« Attends… On parle bien de LA Marie avec qui t’a déja rompu 2 fois à cause de sa jalousie maladive et qui n’arrive plus à dormir quand tu pars 4 jours en formation ? »

« Ouais, je sais…. Ta gueule. »